Message aux visiteurs



Chers visiteurs,

Au tout début de mon activité, je n’avais pas d’appareil photographique. C’est avec un iPod Touch que je prenais en photo, quand j’avais le temps, quand l’affiche était encore là, les interventions des passants. Je ne signais pas non plus. Puis, au bout d’un an, j’ai signé, j’ai commencé à suivre de plus près les affiches que je collais. Auparavant, je les suivais, mais avec une pudeur telle, qu’il m’est arrivé de ne pas passer dans des rues où j’avais collé de peur de les voir avec des commentaires dont je n’étais pas sûre de pouvoir les recevoir sans en être affectée. Disons que le suivi des collages s’est fait de façon irrégulière. D’un côté : l’envie, le besoin, et les contraintes que je m’étais imposées dans ce projet, de l’autre, la pudeur, la crainte, la fatigue. Il manque, par exemple, la photographie d’une affiche (Rouge (Nation)) peinte entièrement en noir, comme objet de censure, puis repeinte en beige par les agents de la ville. Les collages ont démarré à l’été 2013, à Paris 10e, 19e, 18e, 3e, 4e, 5e, 6e, 20e, 11e. Je n’ai jamais affiché dans le 12e, le 15e, le 16e, ni le 7e, le 8e, le 9e, ni le 1er. J’ai amené mes affiches à Grenoble, à Saint Martin d’Hères plus précisément, à Lyon (Croix-Rousse), un petit village sur l’aube (pas loin des débuts de la Seine, petit ruisseau vert qui se transforme à Paris en un fleuve gris et mort), un village sur la Loire, un village sur le Golfe du Morbihan, Bordeaux, Montevideo… J’ai reçu des mails de remerciements, de questionnements, j’ai été recherchée par des journalistes, j’ai été insultée et agressée rue Gay Lussac par un quinquagénaire bien mis, on m’a pris dans les bras rue Saint-Mathieu (Paris, 18e) pour me remercier, on m’a posé des questions sur mes poèmes et la poésie, on m’a demandé pourquoi je le faisais.
Il y a eu sans aucun doute, un besoin, celui de sortir la poésie hors des huis-clos que je fréquentais, hors d’un entre-soi, et d’abandonner le texte à tous, reléguant l’auteur dans l’anonymat. C’était un combat, car dans les rues de Paris, l’image monopolise les espaces d’expression, et les phrases ne sont, en général, que de simples slogans commerciaux. Sauf, sauf !, cette citation que j’ai prise en photographie un jour sur la coulée verte, pas loin de Bastille :


Il y a avait aussi un projet de thèse (je n’ai pas eu la bourse, je ne l’ai pas mené jusqu’au bout) sur les écrits urbains, qui m’a amené à sillonner tout Paris à la quête d’écrits que je pouvais consigner dans mes archives, mais très vite, tout cela me parut insuffisant. Je voulais lire et donner à lire, à lire seulement. J’ai donc écrit une trentaine de poèmes au fur et à mesure, destinés à être lus dans la rue. Mon premier poème est « Le Monsieur du Boulevard Saint-Martin » qui reste, à mon avis, le plus important de la série. J’ai aussi collé des textes d’un autre projet intitulé « Perceptions » comme Rouge (Nation), Se Battre, Lampadaires (rue Pradier). C’est la vie que j’ai menée, aussi, de jeune précaire, qui m’a amené dans la rue. Je voulais tout changer, mais je n’avais pas de quoi manger. Ça, je ne l’oublierai pas. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois.
Alors, ce projet s’est appelé un temps, « L’urgence du détail ». J’estimais, et je pense encore viscéralement, qu’il est urgent que l’on s’attache à nos perceptions du quotidien (le notre, mais aussi, et surtout, celui de l’autre), et du détail (étymologie de 1674 : « particularité, élément d’un ensemble ».) Je pensais aussi à l’émergence (emergenza en italien signifie émergence et urgence) du détail, comment apparaît-il à notre perception et à notre sensibilité ? Que dit-il ?
Voici devant vous quatre ans de collages, derrière vous, les poèmes à nu ; dans la salle du fond, une installation sonore de Guzel où vous écouterez quatre projets d’écriture que je mène en ce moment.
Bonne visite, on se retrouvera dans les rues.

NM.

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