Arrêt de travail #10- Les règles



L’équipe sortait un numéro en 2017 « Pour en finir avec le tabou des règles ».
Mais je ne l’ai lu qu’un an plus tard, dans le cabinet de mon médecin généraliste.
C’était bien la première fois que je lisais quelque chose à ce sujet.
Je retrouvais dans ces pages ce que quelques amies faisaient au lycée, faire succéder les pilules pour éviter les règles, me conseillant d’essayer.

Il faut dire que le premier jour de mes règles tous mes camarades étaient au courant, ou bien c’est ce que je croyais. Au collège, je ne sais pas pourquoi, ça arrivait toujours en cours d’allemand, pliée comme un vieux roseau, le front contre la table froide mélaminée, les mains rentrées dans le ventre, crispée jusqu’à l’agonie, attendant ma mère qui vienne me délivrer pour m’allonger chez moi. J’essayais les remèdes de bouillotes, les tisanes, et puis très vite, je demandais à mon médecin, quelque chose d’efficace, un cachet qui me remette d’à plomb et qu’on en parle plus. Il me semble qu’il était bleu et qu’en effet, c’était assez efficace. J’ai oublié le nom du médicament, et j’ai pris l’habitude, désormais, de m’allonger le premier jour, comme une condamnée au repos, maudissant, quelque peu quand même, "cette tare d’être femme" alors que j’ai tant de travail sur la planche.
Et puis je me suis souvenue, qu’au tout début, pensant que les règles étaient une banalité, rien de plus naturel puisque je ne pouvais les arrêter, que demander des tampons, des serviettes sans murmurer, sans gêne aucune, que dire, « j’ai mes règles », n’aurait aucune conséquence. Comme dire « j’ai faim », « j’ai soif » ou bien encore, « j’ai envie de pisser ». Ce qui implique que j’en ai besoin, besoin de manger et de boire pour survivre, besoin de pisser pour continuer ma journée. 

Mais laquelle de mes camarades du collège m’a-t-elle mis dans la gêne très vite, je ne sais plus, et de toute façon c’était une tendance générale, "pendant tes règles, tu te sentiras mal à l’aise" (il n’est pas suffisant d’avoir mal, encore faut-il, en plus, se sentir gênée), me demandant de la retrouver hors de la classe, au fond du couloir pour qu’elle me donne une serviette hygiénique ou un tampon. Ne pas dire « j’ai mes règles », mais « je ne me sens pas bien ». Et puis les « marche et je te dis si tu as une tâche », la panique que ça se sache, qu’une preuve se donne à voir aux autres. Ce petit secret entre copines nous éloignant encore plus de nos camarades mâles qui, sûrement, n’attendaient qu’une chose, qu’on leur explique, qu’on témoigne. 

Oui, pendant mes règles j’ai mal. Le premier jour je suis parterre.
Et puis ça s’améliore, heureusement.
Mes règles arrivent après les boutons sur le visage, après une sensation générale de gonflement, une fatigue, et peut-être aussi une irascibilité ou tout du moins, une sensibilité décuplée. Une partie de l’endomètre se desquame, éjectée, elle atterrit alors sur ma culotte ou sur mes draps. Je ne suis pas enceinte, c’est déjà ça.

A toutes mes amies enceintes qui l’ont choisi, bien évidemment, félicitations, vous le savez, je pense à vous. A toutes les autres : que vivent les règles et que vivent les coupes menstruelles. 

Photographie de Kiran Gandhi qui en 2015 courut un marathon à Londres sans tampon pour briser le tabou des règles. 

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