En résidence d'écriture à Scy-Chazelles (Billet N°9)




Pas un corps qui ne ressemble à l’autre. Pas une hanche qui ne se ressemble ni cette échancrure jusqu’aux poils pubiens. 

Je peux regarder le corps d’un homme nu pendant des heures, et ne pas croire ce que j’entends souvent « les femmes c’est plus beau à regarder ». Je ne dis pas que le corps des femmes ne soit pas beau, au contraire, un corps nu quel qu’il soit amène en moi, en général, un émerveillement.

Je peux aimer le corps d’un homme et le corps d’une femme.

Mais, peut-être que, plus le temps passe, plus il me semble important de remettre le corps de l’homme nu désirable au centre. La nudité de la femme n’est-elle pas surexposée ?
Pourquoi ai-je lu avec tant d’amour toutes ces descriptions de corps de femmes, pourquoi ai-je tant vu de femmes nues ? Parce que ce sont les hommes qui ont parlé pour nous, qui ont, le plus souvent, écrit et peint pour nous.

Hier encore, dans cette merveilleuse exposition au Musée Pompidou de Metz « Peindre la nuit », combien de corps de femmes nues esquissées ai-je vu !

A en crever les rétines.

J’ai envie de parler de mes désirs, de ces corps d’hommes dont le souvenir m’émoustille encore. Le corps de l’homme est magnifique. Qu’on le préfère sec, ou bien plus pulpeux, musclé ou légèrement dodu. Peut-on prendre ses fesses avec les deux mains ? Peut-on sucer son sexe tout entier ? A-t-il des poils rebelles sur le haut du dos, une forêt vierge sous les aisselles, et son pubis a-t-il une fin ?
Ses mains sont-elles robustes ou bien délicates ? Quelle longueur ses cheveux ? Si chauve, est-il soyeux ? Sa bouche est-elle fraîche et sa langue assez hydratée ? Va-t-il me lécher sans fin jusqu’à la jouissance, ou va-t-il s’arrêter, à cours de salive, à cours de souffle, va-t-il cacher sous ses mains mes poils originels ou va-t-il s’y perdre, me boire extasié ?
Et combien de temps tout cela va-t-il durer ?

Je vais, avec le temps, me dégrader, et l’homme aussi. Un corps ne résiste pas au temps. Pourtant, pourquoi semble-t-il plus dur pour une femme de vieillir ?

Combien d’hommes avec de jeunes femmes ?

Combien de femmes avec de jeunes hommes ?

Ce matin, j’ai rêvé que je perdais ma dent, ma canine s’était effondrée, colonne de mon être, je mourrais, déjà. Je commençais à peine à vieillir, à vieillir vraiment, les cheveux blancs (je les garde, que ça vous chante ou non, car je les aime), et mon corps, je l’ai vu ressembler quelque peu aux corps de toutes ses femmes âgées que je vois autour de moi, flasques ou sèches, c’est ainsi, le corps ne sera plus celui qu’on a connu. 
Et qu’importe ? Il importe d’en profiter à chaque seconde comme si, inévitablement, elle serait la dernière.



NB: Esquisse de Louis de Boullogne.


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