En résidence d'écriture à Scy-Chazelles (Billet N°4)




Scy-Chazelles, mercredi 3 octobre 2018

On m’a demandé hier ce qu’était une résidence pour moi. Voici donc le billet consacré :

Dans l’idéal, et je dis bien « dans l’idéal », une résidence d’écriture est un temps pour l’écriture, délié de toute contingence matérielle. L’auteur serait  « dans l’idéal », rémunéré, logé, nourri et blanchi.
Et ce temps contribuerait à l’écriture de l’auteur de façon directe : il se met à produire tout de suite et durant tout son séjour ; indirecte, il mûrit un projet, il se nourrit de ce qu’il vit, de ce temps pour réfléchir pour, par la suite, produire. Ce sont aussi le temps de la découverte d’un territoire, son patrimoine et ses habitants, sa culture, d’une vie différente de celle dont il a l’habitude. Ce sont les rencontres qui, pour ma part, doivent être autant privilégiées que ce temps consacré à l’écriture sans obstacles matériels. La résidence doit être vécue comme une liberté, l’auteur est parachuté dans un territoire inconnu, et paf ! il se met à l’explorer, à le ressentir, il peut l’aimer éperdument, s’en lasser ; mais il est affecté, livré à lui-même et puis tout à coup invité quelque part, intégré dans le lieu ; seul décideur de ses journées. La résidence d’écriture est un moment d’exploration, aller au plus profond de son art, et de soi, manquer à ses proches et manquer ses proches, et puis ressurgir, sur une cime, éclairé !

Ma première résidence c’était à la Maison Julien Gracq, été 2015. 
J’avais quitté Paris en février, en burn-out (fatigue liée à une adaptation continue au marché du travail et une grande précarité, surtout). 
J’étais revenue chez ma mère donc, à vingt-huit ans, dans notre appartement du troisième étage du bâtiment 4 de la résidence Offenbach à la Cité du Grand-Parc à Bordeaux. (Inutile de chercher, les bâtiments ont été détruits au printemps dernier. Tout en vidéo)
Je cherchais un endroit où écrire, pour ne pas être toute la journée enfermée dans un quartier où il ne se passe rien et où pèse la misère sociale, échapper aussi à la présence de ma très chère mère qui ne prenait toujours pas de vacances, manque de moyens. Suite aux précieux conseils de la Mél, j’avais appelé Cathie Barreau (l’ancienne directrice de la Maison Julien Gracq), je lui ai parlé de mes projets d’écriture, j’ai envoyé un dossier, et je suis arrivée fin juillet, heureuse, aux abords de la Loire. L’équipe venait d’acheter un vélo qui m’a bien dépanné, j’ai fait des bornes et des bornes pour faire la connaissance des lieux. J’ai goûté puis dévoré les pâtés aux prunes (il n’y a que ça, partout ! des prunes mûres comme un appel à l’amour !)
J’arrivais pour le dernier Tremplin Florentais et je rencontrai des ex-parigots, tous artistes, jeunes et fous !   

De la Maison Julien Gracq je garde un souvenir impérissable (je suis revenue à l’été 2016, toujours en « mise à disposition d’appartement » donc non défrayée, non rémunérée ; logée seulement). 
J’aime l’œuvre de Julien Gracq, j’aime sa maison, j’aime la Loire et il faut dire que tant Cathie Barreau qu’Emmanuel Ruben (le nouveau directeur) sont, sans aucun doute, de bons écrivains qui savent ce qu’écrire veut dire, ce qu’écrire suppose. J’ai gardé des amis dans les villages environnants, Ingrandais vous saurez vous reconnaître !
J’ai eu aussi la chance de passer deux mois au Chalet Mauriac, un autre genre certes, une autre ambiance, mais un temps totalement dédié à l’écriture et des rencontres.

Je ne sais encore ce que me réserve Scy-Chazelles, je suis arrivée samedi avec quarante de fièvre !
Ce que je peux vous dire, c’est que je loge dans une chambre d’hôte. Et que mon bureau est à une minute à pied, au premier étage de la Mairie.


Chien  dehors- L e désordre

Une pluie cinglante sur le rosier
Et quelques gémissements
D’un chien qui ne doit pas
Aboyer.
J’ai couru vers le Sud
De la maison
Pour absorber le dernier rayon
D’incertitudes.
Cette soirée a-t-elle réellement existé ?
Toutes les pommes que j’ouvre
Se dessablent
Noires
Entre tes mains. 

NM.


NB: Illustration du poème "Ser o no ser" par Pablo Picasso, Barcelone 1900

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