Ecrire #2

Ceci fait suite à l'article Écrire à lire ICI.
Il est une interruption à toute une série de poèmes. 
Lire par exemple le dernier "Tabula rasa" : ICI.




Je ne serai pas publiée à n’importe quel prix. Qu’on arrête de me dire que pour ma carrière il faudrait me taire. Je n’accepterai pas tout. Je ne prendrai pas comme une chance qu’on me publie. Mon travail n’est-il pas de qualité ? N’est-il pas du travail qui comme tout travail, mérite salaire ?
Ni une chance d’être en résidence d’écriture. N’est-ce pas voté au vu de mon dossier, de mon projet, de la qualité de mon écriture ?  
De qui se moque-t-on ?
De qui veut-on qu’on soit le bouffon ? 

Hors de question qu’une vie dédiée à l’écriture parce qu’elle s’impose à moi, parce qu’elle est ce que je suis devenue, je suis ce qu’elle est devenue, m’amène à manger de l’argile à plein nez.
Je ne parle pas d’une intransigeance qu’il faudrait brandir, loin de moi cette idée, mais d’un respect, d’un rapport de professionnel à professionnel, d’une sensibilité aussi vis-à-vis de ce qu’on défend, la littérature, la poésie.

Ceci est une lettre aux futurs poètes.

Qu’on ne me demande plus combien il faut payer pour être publié, qu’on demande à être payé, qu’on soit publié à compte d’éditeur, qu’on reconnaisse et valorise ce travail qui tant demande à celui qui le fournit. Émotionnellement quand on écrit, on perd. On se vide, on se fragilise, on donne. Ce n’est pas un métier où l’on ne sent pas les heures passées. Elles passent, oui. Dans une petite librairie de Metz, j’écoutais Maylis de Keyrangal dire qu’en effet, il serait grossier de dire qu’on souffre comme un ouvrier du bâtiment ou d’une usine, mais qu’on ne se dupe pas, écrire fatigue. 
Parce qu’on donne ce qu’on a, parce qu’on mobilise toute notre pensée, notre concentration et qu’on néglige aussi, en quelques sortes, parfois, et pour certains, notre corps. Quand j’écris, absorbée comme je le suis, je peux me rendre compte des heures après que le sang dans mes jambes circule mal, que mon dos est tellement contracté que si je sors de ma chaise, un lumbago va suivre. J’ai beau avoir vu les postures idéales pour être face à un bureau, je ne parviens pas à les adopter.
Si je le pouvais, dans cette concentration extrême, j’arrêterai même de respirer. Je pense que d’ailleurs certains de mes poèmes, je les écris en apnée. 

Tout travail mérite salaire.
Ceci est une passion, mais ceci est un travail.
Ceci n’est pas mon hobby, ceci est mon métier, la seule chose que je sache faire, la seule chose que je veuille faire, et la chose que je doive faire. 
Je ne peux pas le faire à côté, je dois le faire dedans, entièrement dedans ma vie.

Écrire, bordel, écrire.




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