Fever #4- Volonté idiote


Volonté idiote

Il y a des volontés idiotes, qu’on se le dise.
Et je pense à celle-ci.
En compétition de natation, je m’entraînais pour les régionales, je devais avoir quatorze ans.
Je venais de dîner avant l’heure, j’avais faim, et en sortant une assiette du buffet je la reçus dans l’ongle de mes orteils. Il devint bleu, prêt à exploser. Mais je me traînais à l’entraînement du soir, 20h ?, quelque chose de cet ordre-là. J’eus l’idiote capacité de ne plus penser à cet orteil, à cet ongle et de nager toutes mes longueurs comme un bon petit soldat.
Et la nuit, en pleine nuit, criant de douleur, je marchai trois kilomètres jusqu’au service des urgences. On m’enleva l’ongle (une douleur indescriptible) et on me mit un pansement si volumineux que pendant deux semaines je ne pus plus mettre de chaussures fermées.  
Je perdis deux semaines d’entraînement.
Quelle est cette lubie qui peut amener certains (et j’en faisais partie) à défier les lois naturelles d’un corps blessé pour un classement ? Pour un « je ne dois pas manquer », « je dois y aller », « je dois travailler », « je dois me surpasser » ? Quelle est cette pression qu’on nous met, qu’on se met et pour quelles raisons ?  

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