Le vertige du voyage

Donc on pourrait s’y perdre. Ne jamais s’arrêter. C’est ce que j’appelle le vertige du voyage. Il sévit quelques jours après l’arrivée, quand le corps s’adapte enfin au nouvel horaire. Il nous surprend en pleine action: souvent dans un moyen de locomotion.
Et on se dit: pourquoi revenir ?
Qu’est-ce qui me retient de partir encore un peu plus, encore un peu plus loin?
Ça m’a pris dès mon troisième jour à Taïwan, sur le siège (passager) d’un scooter. J’ai retrouvé la sensation de la nouveauté, d’une foule inconnue où se perdre, d’une réalité inépuisable, sans déjà-vus, sans routine où tout est à découvrir.
On est tenté de ne jamais revenir. De Taïwan jusqu’au Japon, la Corée du Sud, la Russie jusqu’à l’Océan Arctique et redescendre petit à petit jusqu’à Pondichéry et ramer jusqu’à l’Antarctique qui ne sera déjà plus.
C’est aussi, pour moi, depuis le temps, l’omission de compter. Je ne sais pas, au bout du troisième jours, combien coûte un euro en dollar taïwanais. L’intuition de me dire, mais c’est quoi l’argent ? Pourquoi l’argent ?
J’ai passé sept ans à compter le moindre centime et j’ai envie de me dire à moi même « give it a break », « profite » comme disent les amis. Il faut s’y faire au « profite », dix jours de vacances, loin, c’est beaucoup pour moi.
Et je me demande, à mon retour, quand auront lieu les plaisirs ? Quand la montagne ? Quand la mer ? Quand le banquet ?
Combien coûte mon futur ? Est-ce que je vais pouvoir le payer ?

Qu’est-ce qui ne s’achète pas ?

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