Premiers jours

C’est la première fois que je pleure d’épuisement.
Je viens de prendre place dans le TGV qui m’amène à Paris Montparnasse.
J’ai déjà l’impression que quitter Bordeaux, pour quelques temps, va me permettre de retrouver mon cerveau et non cet automate « check-list » que je viens de créer pour finaliser mes projets ces derniers mois.

Le premier livre que je lis dans le TGV (que j’avais déjà lu l’an passé), presque fini à l’arrivée, c’est Article 353 du code pénal de Tanguy Viel. Et puisque fini, je l’ai laissé à un ami à Paris. En échange, j’ai choisi de sa bibliothèque La nature est un champ de bataille, essai d’écologie politique de Razmig Keucheyan.
Je crois que ce livre ne pouvait pas mieux tomber.

Dès mon arrivée à Pékin, cette odeur reconnaissable, parfois, et c’est là le trouble, addictive.
L’odeur de la pollution, de la poussière, l’odeur, in fine, de la mort.

Pourtant, depuis le Airport Express qui m’amène à Sanyuanqiao, je ne reconnais pas tous ces arbres fraîchement plantés. Dans la ville, ces chants d’oiseaux bien plus nombreux qu’en 2012.
Alors, ce n’est pas la même sensation d’un juin 2012 où, en sortant du métro, je ne vois rien tant le smog cache la route à six voies devant moi. Mais tout de même, un fond de l’air bien dégueulasse.

Je reconnais tout ce coin, c’était celui du boulot, « des petits luxes » que je pouvais me permettre quand j’étais avec les correspondants permanents pour lesquels je travaillais en tant que stagiaire non rémunérée. On m’offrit un thé au « Four season hotel » en compagnie d’un grand écrivain qu’on interviewait…
J’ai quand même la nostalgie. Cette ville n’a pas été un simple transit, j’y ai travaillé, j’y suis tombée follement amoureuse, j’ai rencontré et interviewé des personnalités fascinantes…
Quand mon ami m’a demandé ce que je voulais faire, j’ai demandé à revenir où j’habitais. Le n°38 de San bu lao hutong. Et ma petite maison donnant sur un mur, que mon ami qualifie de « glauque », est toujours là.
C’est un trou à rat, mais c’était mon chez-moi.

J’ai pris le temps, pendant ces 19heures de transit à Pékin, d’aller à DFM Art Unit. (北京市朝阳区酒仙桥驼房营南里甲6号东风艺术区北院4-1号)
Je venais de rencontrer il y a deux semaines, à Bordeaux, un libraire et éditeur, qu’on surnomme 57. Je collais deux poèmes « Barricade » et « Au petit matin ». Dès le lendemain, tout est parti.
« People in charge of this art zone took them off » m’a-il écrit en m’envoyant une vidéo.
(Les responsables de cet espace artistique l’ont enlevé).

Je l’ai appris hier soir, alors que je me lançais dans ce lit sans matelas, bien dur comme j’en ai si peu l’habitude !, et je dois admettre que cela finit par m’achever. J’avais fait l’effort d’y aller, mon corps totalement en décalage horaire, je m’étais perdue deux fois dans les hutongs environnants (un conducteur de taxi qui m’avait laissé là pour ne pas s’embêter davantage), rencontrée une femme adorable qui me paya un über jusqu’à la librairie en question, je m’étais foutue de la colle partout, enthousiaste et pressée comme je l’étais, pour rien.

Non, c’est injuste.
J’étais contente de retrouver 57 et de connaître son équipe adorable. Et puis, ils ont filmé l’intervention des « responsables de la Art Zone » enlevant tous les caractères. L’affiche y est mais sans le texte. Est-elle vide de sens ? Je ne crois pas. Si l’affiche reste comme ça, alors, il reste quand même une trace.

Et voilà, le petit matin, après le petit-déjeuner « très sain » de mon ami à 5:20 du matin, mon départ pour Taïwan que j’ai visité en 2010.

Taichong, 2019.  Et « this new issue » comme me le dit mon ami Irene.
La pollution de l’air, ce nouvel enjeu depuis 3,4 ans. Certains portent des masques (ce n’était nullement le cas en 2010) comme à Pékin.

Le soleil, quand il se couche, donne plutôt la sensation de brûler l’air.

Taichong, 19 mars 2019.

NM. collant au petit matin pékin
collant au petit matin pékin
Au petit matin pékin
préparant les collages de poèmes à Pékin
préparant la colle
Barricade à pékin
barricade à pékin

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