Tu as ouvert toutes les portes et les fenêtres
Confondu le jour avec la nuit
Bavard, tu m'écoutais parler
J'ouvrais ainsi les derniers volets.
Maintenant que le feu brûle,
Comment s'oublier ?
A l'arrivée, la terre était aride
Inoccupée
J'ai approché mes mains de ses cendres
Foulé mes chevilles dans ses cratères.
J'ai tourné la tête maintes fois pour te parler
Des roses avaient poussé entre mes mains.
Je me suis cachée du soleil
Je ne voulais pas que tu me voies
Je voulais que tu me confondes avec le mur derrière toi
Tu m'as dit que tu étais un fin observateur
J'ai cru alors que tu remarquerais
Mon sourire à deux doigts de ta bouche
Avant de t'embrasser.
J'ai manqué de soleil
Peut-être même de ta voix
Je voulais te dire qu'à chaque seconde
Le temps revient en arrière
Comme si, chaque vague s'éloignait de la rive.
Je suis au plus profond de l'attente.
Et j'ai tout mon temps.
A chaque main un homard
Qu'il me tend tendrement
Je leur donnerai bien un joli petit nom
Et les relâcherai à la première vague
Tandis qu'entre ses yeux aussi surpris que bleus
Je m'étendrai nue sous son blond feuillage.
J'ai les cheveux au bord de la bouche
Je tiens dans mes mains la nuit qui s'effiloche
Pendant que je danse contre le mur peint à la chaux.
La lune a beau tourner
Je veux oublier que le jour se lève.
Face à la lune et son halo de lumière
Tu as traversé les murs
Plus noirs que leurs ombres
Et je t'ai regardé grimper vers l'inatteignable
Avec la même solitude.
Ce sont des lèvres que je vois
Dans le creux du nuage
Langoureuses, violacées
Long baiser sous une eau de mer
Glacée par l'hiver qui revient au printemps.
Et si elle chutait.
Sur moi, ses cendres extraterrestres.
Ils diront : "Il n'y a plus rien à voir."
Plus de croissants entre les cadres de mes fenêtres.
Et si elle chutait,
De sa présence je serais recouverte.
De son absence, ils parleront.
Mais elle est là.
Elle est bien là.